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La peur de l'avion, ça se soigne
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«J’ai demandé à ce qu’on ouvre la porte et je me suis enfuie.»
Pour certains, il devient impossible de monter dans un avion, souvent du jour au lendemain. A Cointrin, un stage les aide à embarquer de nouveau.
L’émotion est palpable. Alors que l’appareil s’immobilise sur le tarmac de l’aéroport de Genève en ce samedi matin, les applaudissements fusent. Margeau, Thierry, Nathalie et les autres se félicitent: ils ont réussi, personne n’a craqué durant cet aller-retour à Zurich. A peine une heure de vol. Pour une bonne partie de ces phobiques de l’avion, une grande victoire. Thierry sourit: «Ça faisait tout de même quatre ans que je n’y étais plus monté. Là je suis très heureux. Je vais y aller progressivement, d’abord à nouveau Kloten pour mon travail, puis Londres avant un voyage en Israël dans quelques mois.» Comme les autres, le jeune homme n’oubliera pas ces trois jours du séminaire «S’envoler sans s’affoler».
Pour soi ou pour le boulot
Tout a commencé le jeudi matin. Dans le salon Piccard, de Cointrin, Fabienne Regard attend ses élèves. «D’après les statistiques, la peur en avion concerne d’abord les hommes, à près de 80%. Pourtant, lors de ces stages, nous accueillons autant de femmes.» Ces dames se trouvent même en majorité pour ce second cours de 2006. Diversité d’âges et de catégories socio-professionnelles; variété des motivations, aussi. Il y a Margeau, la benjamine, 18 ans dans quelques mois. «Mon dernier envol date de 2005, pour aller au Portugal avec mes parents. Ma petite sœur dormait, mais pour moi ça a été l’enfer», s’énerve-t-elle. Parce qu’elle ne comprend pas pourquoi sa gorge se serre et son cœur s’accélère. «En plus, je sais que c’est idiot. Mon père a son brevet et mon grand-père était pilote de ligne», avoue-t-elle avec un sourire triste.
A ses côtés, Thierry. Genevois comme elle, plus de deux fois son âge. «L’avion, je l’ai pris sans problème une centaine de fois. Pour des vacances, et surtout pour le boulot.» La plongée aussi, il maîtrisait. Et puis un jour, une mise à l’eau précipitée, des conditions de stress, et c’est la panique à 30 mètres de fond. «Sans conséquence directe. Mais lorsqu’il a fallu rentrer à la maison, je me suis senti très mal. Deux ou trois mois plus tard, impossible de décoller. J’ai demandé à ce qu’on ouvre la porte et je me suis enfui. J’étais devenu claustrophobe.»
Peurs diverses
Peur du vide, de la foule, de tomber, de l’enfermement: l’aérophobie recoupe des craintes et des situations très diverses. «La plupart du temps, cependant, ça arrive tout à coup, sans crier gare», souligne Fabienne Regard. Cette docteure en sciences politiques en sait quelque chose. «J’ai participé à ce cours en 1991. C’était devenu trop dur. Puis je suis devenue l’assistante de la prof, et la peur s’est peu à peu transformée en plaisir. Depuis que j’ai repris l’organisation du séminaire, je vole environ trente fois par an et j’adore ça.»
Initiative privée, ce séminaire bénéficie de la collaboration de Swiss, de l’Aéroport international de Genève et de Skyguide. Indispensable pour, par exemple comme en cette première après-midi, soumettre à la question un pilote. Parfait dans son uniforme à trois bandes, Zvigniew Bankowski a cette assurance qui réconforte. Il sait qu’en termes de statistiques macabres, 2005 fut l’une des pires années de l’aviation civile. Il n’ignore pas que sa conséquence directe, les fameuses listes noires de compagnies interdites, recèle une bonne part de fumisterie.
Pourtant, les statistiques demeurent largement de son côté: chacun de nous a toujours nonante fois plus de chances de subir un accident sur la route que dans les airs. «Mais la grande différence, c’est qu’en voiture, on croit – non sans naïveté – rester maître de son destin», explique Lorraine, jeune enseignante genevoise bien décidée à surmonter ses angoisses pour profiter de ses trois mois de vacances annuels. Evidemment, il y a aussi l’air lui-même, élément dans lequel l’homo sapiens fait toujours un peu déplacé. «Tout est question de physique, rappelle Zvigniew Bankowski. La débattement des ailes – dans lequel se trouve, surprise, le carburant – leur forme courbe qui favorise la dépression, ou encore l’oxygène qui se raréfie à haute altitude et demande une pressurisation de la cabine.» On apprend aussi que même sans moteur, un Airbus 330 ou 340 plane très bien durant une bonne quinzaine de minutes. «Il existe même une petite éolienne de secours, dont je ne me suis jamais servi en 9000 heures de vol», avoue le commandant de bord avec un large sourire.
De la théorie à la pratique
Bon, la théorie, c’est bien. Mais une fois les questions épuisées, un peu de mise en pratique s’impose. Ce jeudi après-midi est donc consacré à la visite de deux appareils. Au sol, pour l’instant: il ne s’agit pas de brûler les étapes. D’ailleurs, fouler la piste ou gravir la passerelle s’avère déjà suffisamment difficile pour certains. «Arriver là-dedans, ça me coûte déjà énormément», souffle Giovanni en entrant dans l’A320. Fabienne conseille de se mettre à l’aise, de tomber la veste. «Il fait toujours chaud avant le décollage.» La moitié du petit comité s’attarde autour des commandes de la cabine de pilotage. Pour les autres, exercice d’enfermement dans les toilettes. «Un autre truc, relève Fabienne Regard. N’hésitez pas à signaler votre appréhension au personnel de bord.» Le lendemain vendredi, le maître de cabine Eric Bösiger donnera d’autres astuces, et l’atmosphère feutrée de la tour de contrôle rassurera Lorraine.
D’après son organisatrice, «S’envoler sans s’affoler» devient une réalité pour la très grande majorité des participants. Certains deviennent coachs, et viennent à leur tour aider des participants, notamment lors du vol du samedi, à se libérer du «syndrome» de l’avion. Verdict, à l’heure du champagne: ça marche!
De Genève au monde
Le stage «S'envoler sans s’affoler» se déroule huit fois par an du côté de Cointrin. Malgré un tarif élevé (990 francs suisse avec le vol), les demandes affluent. Et l’on y vient parfois de loin, à l’instar du jovial Giovanni, qui habite au Tessin. Preuve que ce type de crainte s’avère bien plus répandu qu’on ne le croit. «Près d’un quart des passagers ressentent de l’anxiété, d’après les enquêtes. Il s’agit d’ailleurs de l’un des buts de ces trois jours: permettre aux personnes concernées de partager leurs appréhensions et leurs expériences; les aider à prendre conscience qu’elles ne sont pas seules concernées et qu’il existe des solutions.» La méthode fut inventée à Genève et à Washington en 1981 par une autre ancienne aérophobe, l’Américaine Lucienne Skopek.
Le Dossier
www.crash-aerien.com/vaincre_sa_peur_en_avion
Avez-vous peur de l'avion ?
www.crash-aerien.com/quizz |
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